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L’approche centrée sur le développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités a pour ambition de contribuer à la justice sociale tout en changeant le monde au quotidien. En effet, nous pensons avec Paul Ricoeur (1990) que « la souffrance n’est pas uniquement définie par la douleur physique, ni même par la douleur mentale, mais par la diminution, voir la destruction de la capacité d’agir, du pouvoir faire, ressentie comme une atteinte à l’intégrité de soi ».

La démarche est centrée autour de quatre axes.

"Développement du Pouvoir d’Agir" est la traduction proposée par Yann le Bossé du terme empowerment. La racine anglaise fait référence au pouvoir. Mais il faut bien considérer qu’elle relève en plus d’une notion de processus, c’est-à-dire qu’elle marque une évolution entre ce que l’on peut appeler un état d’impuissance vers une situation où la personne est en mesure de dépasser un obstacle.
L’utilisation du vocable francophone nous permet en outre de prendre une certaine distance avec l’usage qui est fait de l’empowerment dans le monde de l’entreprise notamment. En effet, dans ce que nous avons maintenant coutume d’appeler "l’idéologie managériale", l’empowerment est bien souvent un concept qui sert plutôt à exiger de l’autonomie chez les collaborateurs. L’objectif est ici de les mettre sous pression dans un objectif de maximisation de la productivité.
Tout le contraire de la définition qui est donnée au DPA: "La capacité des personnes à exercer un plus grand contrôle sur ce qui est important pour elles, leurs proches ou leur communauté".
Il s’agit ici de permettre, en travail social, que les personnes accompagnées puissent se positionner dans une posture de sujet autonome, qui n’est pas gouverné de l’extérieur. Et ce sans que ne soit mis à l’œuvre l’injonction paradoxale qui nous fait dire à l’usager "Sois autonome!". Cette injonction relève aujourd’hui d’une réalité faite à chaque individu dans la société post-moderne de construire son propre destin alors que sont fragilisés "les grands récits" qui structuraient l’existence (p. ex. Touraine, 2005). Encore que la pression sur les plus démunis pèse sans doute d’un autre poids, stigmatisés qu’ils sont et exclus de l’accès à ce qui peut aider à répondre aux différentes figures du sujet.
Ricoeur s’explique dans un texte intitulé "la souffrance n’est pas la douleur" (1994). On peut le lire sur Internet ou encore dans un ouvrage collectif sous la direction de Claire Martin et Nathalie Zaccaï-Reyners (2013). Citons Ricoeur: "Quant à l’impuissance à faire, l’écart entre vouloir et pouvoir d’où elle procède est d’abord commun à la douleur et à la souffrance… Mais, comme le sens ancien du mot souffrir le rappelle, souffrir signifie d’abord endurer… Il faut rappeler ici qu’un agissant n’a pas seulement en face de lui d’autres agissants, mais des patients qui subissent son action. C’est ce rapport qui se trouve inversé dans l’expérience d’être au pouvoir de…, à la merci de…, livré à l’autre. Ce sentiment peut se glisser jusque dans les relations d’aide et de soin. Souffrir, c’est alors se sentir victime de…".
Telle est une réalité de la relation d’aide.

Ni policier, ni sauveur

Deux grands courants se sont opposés dans le travail social ces dernières décennies.
Le premier relève d’une approche orthopédiste ou encore ce que Yann le Bossé appelle "l’hypothèse des carences". Il envisage le travail social au départ d’un manque que l’usager présenterait et qui fait qu’il ne lui est pas possible de s’insérer. Il n’est pas assez formé, il manque de structure, il manque des savoir-être nécessaires, son milieu de vie, sa famille sont des obstacles, etc. C’est le courant dominant aujourd’hui organisé dans le paradigme de l’Etat social actif qui demande à l’usager de s’adapter à la réalité sociale, au marché de l’emploi, au marché économique et financier. Et donc il appartient au travail social d’apporter les éléments nécessaires pour pallier ces carences.
Yann le Bossé appelle le deuxième courant "l’hypothèse du grand soir". Elle consiste à voir au contraire dans l’exclusion l’œuvre de la société. C’était sans doute le paradigme de l’Etat providence qui voulait que l’individu ait une créance sur la société. Ne nions pas que la pauvreté et l’exclusion sociale ont toutefois des effets systémiques qu’il serait idiot de vouloir nier. Mais promettre aux usagers que demain on va changer la société risque de les laisser dans l’attente un temps qui pourrait être relativement long…
Le DPA nous propose une démarche qui ne nie pas le contexte global mais qui offre tout de même une possibilité de dépasser la souffrance de l’impossibilité d’agir que nous avons envisagée ici plus haut.

"La souffrance n’est pas uniquement définie par la douleur physique, ni même par la douleur mentale, mais par la diminution, voire la destruction de la capacité  d’agir, du pouvoir faire, ressentie comme une atteinte à l’intégrité de soi". 

Paul Ricœur

"De plus, cette personne particulière n’est pas appréhendée à partir de ses supposées carences, mais à partir des forces et des atouts dont elle dispose pour entreprendre le changement visé".

Yann le Bossé

"Toute discussion sur l'empowerment part du constat que certaines collectivités et certaines personnes ne possèdent pas, ou ont la perception de ne pas posséder, le pouvoir sur les ressources dont elles ont besoin pour assurer leur bien-être. Toute approche axée sur l’empowerment est fondée sur la croyance que les personnes, tant individuellement que collectivement, ont ou peuvent acquérir les capacités pour effectuer les transformations nécessaires pour assurer leur accès à ces ressources, voire même les contrôler".

William A. Ninacs